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À quoi pense un tagueur de radars ?

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Sur le bord de la D907 en Haute-Savoie, un radar tagué… avec le sourire. Crédits photo : Marc Mongenet, 14 avril 2017, Wikimedia Commons

Le 15 février 2018, le journal local L’Est républicain a publié l’interview d’un tagueur de radars. C’est un récidiviste qui s’exprime à visage presque découvert. Cela a donné lieu à un vaste débat sur le bienfondé de cette entrevue. En effet, cette dernière semblerait comme légitimer une pratique qui se fait de plus en plus courante. Pourtant, vandaliser un radar est risqué… La dégradation d’un bien public peut coûter jusqu’à 5 ans d’incarcération et 75 000 € d’amende !

Les radars de plus en plus souvent visés

Le radar automatique peut faire l’objet d’un tag, de l’ajout d’un accessoire l’aveuglant (couverture par exemple) ou d’une détérioration pure et dure. Dans tous les cas le délinquant risque d’être inculpé pour dégradation de bien public. Or, malgré les peines encourues, le vandalisme de radars routiers est en progression dans l’Hexagone. L’abaissement de la limitation de vitesse de 90 à 80 km/h sur les routes françaises secondaires ne devrait pas permettre d’inverser la tendance de sitôt.

Dans le Jura, où sévit Max, le fameux tagueur de radars interrogé par L’Est républicain, 34 radars ont été vandalisés en 2017. C’est presque deux fois plus qu’en 2016 où 16 appareils avaient été neutralisés ! Vandaliser un radar est une pratique de plus en plus courante, à tel point que malgré les risques judiciaires encourus certains tagueurs prennent publiquement la parole. Profitons-en pour rappeler comment fonctionnent les radars automatiques :

Max fait partie de ces tagueurs en quête de médiatisation. En effet, si L’Est républicain ne communique pas son nom de famille, une photographie très nette est publiée avec l’article, ainsi qu’une description assez précise de l’individu. Âgé de 53 ans, travaillant dans un atelier de « sport, musique et spiritualité » de la ville de Dole : si les forces de l’ordre avaient besoin de le retrouver, ce ne devrait pas être trop difficile… Mais il est déjà connu des services de gendarmerie et a été interpellé pendant son interview. En s’affichant de la sorte, Max joue donc la carte de la provocation et de l’exaspération. Les magistrats n’aimeront probablement pas cette attitude.

Les confidences de Max

La franchise est au rendez-vous. Le quinquagénaire assume totalement ses actes. Il confie avoir tagué 10 radars exactement durant les trois derniers mois de l’année 2017. Max explique d’ailleurs s’être volontairement donné les moyens de se faire prendre. Il cherchait donc probablement une médiatisation de ses actions pour mieux en exposer les raisons. L’individu va jusqu’à se moquer des forces de l’ordre qui auront mis un trimestre avant de lui mettre la main dessus, alors qu’il a multiplié les indices : initiales sur les tags, actions en plein jour et en public, aveux à ses ennemis personnels pour qu’ils le dénoncent…

Le mobile de ses tags est le fait d’avoir été flashé à plusieurs reprises pour de très légers excès de vitesse. Max se dit exaspéré d’avoir perdu trois points et payé à chaque fois 90 € d’amende pour une différence de vitesse si minime, d’autant qu’il n’a jamais eu d’accident. Il confie aussi avoir agi pour l’ensemble des automobilistes français qui financent chaque année l’État à hauteur de 920 million d’euros (chiffre de 2016) via les procès-verbaux constatés par des radars automatiques. L’impopularité de ces derniers semble de plus en plus problématique. Les faits de destruction paraissent en effet s’enchaîner :