Au premier abord, difficile d’imaginer que c’est derrière cette façade décrépie où les lettres « car leasing » sont gravées dans un panneau rouillé que se cache l’une des technologies les plus en pointes de la Silicon Valley.

La devanture indique d’ailleurs qu’il s’agit d’un garage pour… corvettes. Mais une fois passée la porte d’entrée, le dernier modèle de voiture autonome d’Uber est fièrement garé à côté de quelques camions Otto, la société de poids lourds autonomes qu’a rachetée l’entreprise de VTC au mois d’août.

A partir de mercredi, les habitants de San Francisco commandant un véhicule à travers l’application verront parfois apparaître sur leur écran la possibilité de tester ce nouveau mode de transport. Après un premier lancement à Pittsburgh, où se trouve son centre de recherche sur les technologies de conduite autonome, il y a trois mois, la société a choisi sa ville d’origine pour son deuxième essai. Depuis plusieurs mois déjà, elle a déployé « une petite flotte » dans les rues de San Francisco – elle ne donne pas de chiffre précis, mais laisse entendre plusieurs douzaines de véhicules. Mais jusqu’ici, ils ne transportaient pas de passagers.

Deux opérateurs à l’avant

Si ceux-ci espèrent une expérience futuriste, ils risquent cependant d’êtres déçus : pour le moment, la voiture ne se conduit pas toute seule et nécessite la présence de deux opérateurs à l’avant. A la place du passager, un ingénieur, un ordinateur Dell sur les genoux, visualise en direct ce que la voiture perçoit grâce à son ensemble de capteurs. Il commande le véhicule comme dans un jeu vidéo grâce à des commandes sur son clavier, le faisant changer de ligne ou tourner à droite ou à gauche.

A la place du conducteur, un autre opérateur décide quand conduire la voiture en mode autonome ou manuel, une seconde option qu’il choisit assez régulièrement, quand il récupère ou dépose un passager, ou quand la voiture traverse des zones qu’Uber n’a pas encore très bien cartographiées. La société espère améliorer sa technologie grâce au récent rachat de Geometrics Intelligence, une start-up spécialiste de l’intelligence artificielle dont l’équipe est chargée de mettre sur pied un laboratoire dédié à ce sujet.

Partenariat avec Volvo

Le déploiement dans San Francisco s’accompagne d’un changement de modèle de voiture, d’une Ford Fusion à une Volvo XC90. Alors que dans la ville de Pennsylvanie, Uber avait simplement acheté les modèles à un revendeur, elle a cette fois passé un partenariat avec Volvo pour que « l’intégration entre nos technologies soit plus poussée », explique Anthony Levandowski, le responsable du centre recherche de Pittsburgh. Résultat : une amélioration des performances, notamment dans le changement de voies, grâce à des radars intégrés à l’avant et l’arrière du véhicule au lieu d’être sur le toit, ce qui permet de diminuer le poids de la station embarquant déjà le lidar et les caméras, un facteur important pour l’aérodynamisme de la voiture.

La différence d’environnement entre Pittsburgh et San Francisco devrait aussi permettre au logiciel de s’améliorer en étant confronté à des situations nouvelles. « A Pittsburgh, nous mettons nos voitures face à des routes au tracé très compliqué et à une météo changeante, avec de la neige notamment. A San Francisco, elles doivent faire face à un trafic beaucoup plus dense, des voies plus étroites et la présence de nombreux vélos », explique un porte-parole de la société.